lundi 9 mars 2015

Sans prévenir



 Couverture : Sans prévenir
Auteur : Matthew Crow
 
Prix : 12E
 
Edition : Gallimard jeunesse (coll : Scripto)

Résumé

A quinze ans, Francis Wootton est passionné de vieux films, de musique rock et de lectures romantiques. Mais avant tout, il ne se prend pas au sérieux. Pas plus que les excentricités de sa mère et la désinvolture de son adulte de frère.

 Lorsqu'on lui diagnostique une leucémie, ses priorités changent. Il y a l'horreur d'être retardé d'une année au lycée, la menace d'une calvitie imminente, la nécessite de retrouver sa plus belle chemise au cas ou une pop star lui rendrait visite pour une photo...

 Mais il n'imaginait pas rencontrer Ambre, son caractère de chien son humour féroce, sa vulnérabilité désarmante et irrésistible.

 

Mon avis

Je n’avais lu que du bien sur ce livre et même si le début m’a réellement enthousiasmé, je ne peux pas en dire autant du reste de l’histoire… Pourquoi ? Déjà parce qu’il s’agit d’un livre sur le cancer et que ce dernier est beaucoup trop euphémisé. Je ne demande pas un rapport d’autopsie mais c’est embêtant quand vous vous demandez si c’est bien d’un cancer qu’on parle… J’ai bien conscience que c’est le but de l’auteur mais je ne trouve pas ce principe réaliste. Il faut un minimum de cohérence et je trouve que ce bouquin peignait le cancer en mauvaise grippe. Je suis d’accord sur le principe de ne pas tomber dans le mélodrame mais pas sur celui de minimiser totalement. Il faut savoir trouver un juste milieu (ce qui explique d’ailleurs le succès de John Green, si vous voulez mon avis).

Francis est un ado de 15 ans qui vit avec sa mère complètement déjantée. En fait, toute la famille est folle. Bref, il a eu une phrase tout à fait juste : « je suis la fleur qui a poussée au milieu d’un bloc de ciment ». Ni sa mère, ni son frère, ni sa grand-mère ne sont sentimentaux envers les autres tandis que Francis adore la poésie, rêve du grand amour et est très sensible. La phrase de Francis démontre son côté profondément romantique : les membres de cette famille s’aiment, simplement, ils ne le montrent pas.  Mais leur petit microcosme est changé le jour où on apprend que Francis est atteint d’une leucémie. Il doit aller à l’hôpital pour se faire soigner mais, si le cancer aurait pu le bouleverser, c’est sa rencontre avec Ambre qui va le faire irrémédiablement. Ambre, aussi caustique et tranchante qu’un couteau, va pourtant tomber amoureuse de lui jusqu’à ce que le cancer les rattrape.

Je vous le disais plus tôt : le cancer est vraiment minoré à tel point que je crois que le mot n’est pas dit plus de deux fois dans tout le livre… Un autre reproche aussi : je n’ai pas accroché avec les personnages principaux : Ambre me rappelait trop Alaska et Francis était trop romantique à mon goût. Cependant, j’ai adoré l’humour : typiquement anglais, décalé, il rehausse considérablement le livre. Les personnages secondaires sont particulièrement réussis : drôles, décalés, attachants… Sans Julie (la mère de Francis) le roman aurait été fade : elle est en constante opposition avec tout le monde et elle ne représente absolument pas la mère minée par la maladie de son enfant ; non, elle se bat et ne montre pas ses faiblesses à ses enfants. Honnêtement, je ne connais personne frappé du cancer donc je ne saurais dire si ce livre est insultant pour les malades : en minorant le cancer, l’auteur est-il plus offensant envers ceux qui souffrent en leur dénuant leur calvaire ou montre-t-il, au contraire, que le malade ne se réduit pas à sa maladie ? C’est la même question pour l’entourage… Spontanément, j’aurai tendance à dire que la famille est brisée et que Julie aurait bien eu du mal à cacher autant ses émotions mais je ne veux pas généraliser, ni parler de ce que je ne connais pas. Je me demande si le but de l’auteur n’était pas de montrer à quel point les personnages sont minés par le cancer et quelle est l’importance de l’entourage. Contrairement à Nos Etoiles Contraires, je n’étais pas aussi navrée par le sort des personnages mais pour les conséquences pour l’entourage. Etait-ce le but de l’auteur ? Dans l’ensemble, il s’agit d’un roman très hétéroclite et qui peut déstabiliser : on adhère, mais jamais totalement. Honnêtement, on est loin du bouleversement de Nos Etoiles Contraires et de la morgue d’Hazel. Heureusement que les personnages secondaires étaient présents sinon ce n’aurait été qu’une réécriture ratée de John Green. A ne pas lire un dimanche pluvieux ; et si vous connaissez Nos Etoiles Contraires, pourquoi ne pas aller faire connaissance avec Julie et sa famille ?

 

Chroniques sur John Green ici :

-          Nos Etoiles Contraires : http://lecturesdunenuit.blogspot.fr/2014/01/nos-etoiles-contraires.html

-          Qui es-tu Alaska ? : http://lecturesdunenuit.blogspot.fr/2014/06/qui-es-tu-alaska.html

 

Extraits

« Mon premier souvenir, c’est la mort de Kurt Cobain. J’avais 4 ans. Chris en avait 13. Pendant 3 jours, on n’a rien entendu d’autre à la maison que Smells Like Teen Spirit et mon frère qui sanglotait dans sa chambre.

-          Mon chéri, je sais que c’est dur, mais la vie continue, lui a dit maman.

-          Pas si on est mort.

-          Par pitié, Christopher, lève-toi, au moins.

-          Non.

-          Je te payerai.

-          CAPITALISTE ! »

 

 

«  -… Bien sur, quant Olivia est née, je connaissais beaucoup mieux mon corps et je voulais vraiment être là,  à chaque minute de l’accouchement, alors nous avons choisi une naissance dans l’eau.

Grand-mère s’est éclairci la gorge. Elle gardait les yeux baissés sur ses chaussures. Ma mère avait la bouche ouverte.

-          Qu’est ce qui se passe ? a demandé Chris.

-          Oh, dit Colette, nous faisions connaissance. Un petit résumé de l’histoire familiale… Nous parlions des origines… de la joie qu’offre une nouvelle vie.

-          Oh, j’ai dit.

-          Et toi, alors, maman ?  a demandé Chris

Grand-mère lui a donné un coup de coude discret mais il l’a ignorée. Maman avait l’air prête à lui envoyer son poing dans la figure.

-          Est-ce que la joie d’une nouvelle vie t’a permis de supporter la douleur ?

Maman l’a fusillé du regard en soupirant.

-          Je ne sais pas, tu as été adopté.

Elle lui a fait un sourire qui n’en était pas vraiment un. Grand-mère a éclaté d’un rire nerveux en faisant de grands signes de dénégation.

-          Il n’a pas été adopté du tout, a-t-elle dit à Colette.

Puis elle a encore éclaté d’un rire faux et elle s’est adressée à Chris comme si elle voulait le rassurer :

-          Tu n’as pas été adopté mon lapin.

-          En tout cas, je n’ai rien senti…, a conclu maman. Rien à partir de la taille du moins. J’ai demandé une péridurale, c’était le bonheur. Evidemment, c’était pour les vingt et quelques années qui ont suivi que j’aurais eu besoin d’une anesthésie générale. »