lundi 23 janvier 2017

De capes et de mots

 
 
Auteur : Flore VESCO
 
Prix : 14E
 
Edition : Didier Jeunesse
Résumé
Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues et tente de déjouer un complot.
 
Mon avis
Sachant que j’aime les romans historiques et l’humour, on m’a conseillé de Cape et de Mots bien qu’il ait un style très différent des livres que je chronique habituellement. Ici, il y a une réelle recherche d’écriture littéraire et cela se ressent dans le style : il est bien plus travaillé et bien plus riche en vocabulaire que ce dont on a l’habitude dans la jeunesse.
Sérine est une jeune fille de haute lignée ruinée, refusant de se marier, elle s’enfuit et devient dame de compagnie à la Cour. Et si le mariage n’est pas de tout repos, vivre à la cour de la Reine l’est encore moins. Mais, grâce à son langage et à ses facéties, Sérine réussit à s’imposer comme sa première dame de compagnie. Elle devient alors la victime de la cour que seul Léon, l’apprenti bourreau, apprécie. Combien de temps la jeune-fille va-t-elle tenir au milieu de cette société endimanchée, fourbe et cruelle qui la déteste et la soupçonne d’être une espionne ?
Ricochet a parfaitement résumé le ton de l’œuvre : « Derrière le lutin malicieux qu'est l'héroïne et l'histoire en cavalcade, il y a un vrai plaisir de l'écriture, du vocabulaire varié et du mot juste ». Voilà en une phrase le résumé que l’on peut faire de ce roman qui sait mêler à la perfection les thèmes et les styles. Pourtant, l’intrigue n’a rien d’exceptionnelle et nous fait même penser à un certain Disney… Le roman sait se distinguer des autres livres qui pourraient lui ressembler. Certes, on retrouve des stéréotypes du conte : une reine inhumaine et terrifiante, une héroïne ballotée, un jeune héros romantique, un roi niais et son secrétaire dangereux, un peuple attachant, des nobles vicieux, le tout sur fond de vie à la Cour. Mais on y trouve également une héroïne pétillante et attachante avec qui on adhère immédiatement. Sérine a un esprit fin et léger qui s’adapte parfaitement au rythme endiablé de l’intrigue où la farce est omniprésente dans les situations cocasses et désespérées qui nous sont présentées. L’humour et l’irrévérence sont mis à l’honneur la narration qui est aussi riche que de la littérature générale. Avis aux amateurs de néologismes, charades et autres jeux de mots littéraires car Sérine ne connait que ça et en use plus que de raison dans les aventures incroyables qu’elle subit. Et derrière toute cette légèreté, des thèmes plus graves sont traités comme ceux de la justice, la mort et la condition féminine. Voici donc un livre de littérature jeunesse qui se distingue avec brio des publications habituelles et qui sait être drôle et captivant tout en étant une perle littéraire.  
 
En bref
Apprécié
Non-apprécié
-          Recherche littéraire aussi bien dans la narration que les dialogues
-          Univers prenant qui nous replonge immédiatement en enfance
-          L’héroïne pleine de verve et de jeux de mots dans ses aventures rocambolesques
 
 
Extrait
« Au détour d'une galerie, elle ralentit juste avant de culbuter une belle dame. Encore un peu d'entraînement et elle parviendrait à circuler dans le palais sans entrer en collision avec tout ce qui bougeait. La dame arrêta Serine avec un air d'autorité, posa les deux mains sur ses épaules et considéra la jeune fille en fronçant les sourcils. C'était la Grande Demoiselle, qui chaperonnait, dirigeait et réprimandait la ruche des demoiselles de compagnie." (p. 17)
"Il y avait quelque chose de différent dans les prisons ce matin-là. Jules n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. [...] En s'arrêtant devant la dernière cellule vide, il comprit. Dans un coin de la paillasse, sous une pile de couvertures, il voyait dépasser un grelot. La petite demoiselle dormait paisiblement. Et ces grands dadais de prisonniers se seraient arraché la langue plutôt que de la réveiller. [...] Jules se hâte de retourner dans la salle de torture. Il dégagea la table de l'écraseur d'orteils, du fléau et du brise-mâchoire qui l'encombraient, et passa un coup d'éponge sur les tâches de sang. Quand Serine émergea enfin, la pièce reluisait. Une tasse de chocolat et des tartines attendaient la jeune fille. »