dimanche 23 octobre 2016

Et mes yeux se sont fermés


 
Auteur : Patrick BARD
 
Prix : 15E
 
Edition : Syros

Résumé
Maëlle s'est radicalisée en quelques mois sur les réseaux sociaux. Un jour, elle a quitté Le Mans pour rejoindre Raqqa, en Syrie. Pourtant, quelques mois plus tard, elle est de retour en France, enceinte et ne répondant plus qu’au prénom d’Ayat. Elle est rentrée pour le bébé et parce qu’elle avait peur, mais l’idéologie de Daesh continu d’imprégner son existence. Autour d’elle, tous ceux qui l’ont connue, l’ont vu changée ou ont partagé son quotidien en Syrie témoignent et offrent un nouvel éclairage sur l’histoire de Maëlle/Ayat.
 

Mon avis

Avec ces récits de plus en plus nombreux, il était temps que je me lance dans la lecture d’un de ces livres. Oui, le sujet n’est pas joyeux ; oui, c’est totalement fou ; oui, ça nous choque. Mais vous savez quoi ? On a besoin de ce coup de pied aux fesses. Et Bard a bien compris comment s’y prendre.

Maëlle a 16 ans et mène une vie ordinaire : mecs, soirées, disputes avec sa mère. Tout ça, elle gère. Et puis, un jour, elle aime une page facebook. Ce que Maëlle ne sait pas, c’est qu’elle met le doigt sur une pieuvre qui la happe. La propagande DAESH est si forte qu’elle part en Syrie. On lui a promis le Paradis et elle découvre l’Enfer sur terre.

Comment est-elle devenue Ayat ? Pourquoi a-t-elle adhéré à une organisation terroriste qui lui est totalement étrangère ? Comment se passe le retour de ces jeunes embrigadés ? Autant de questions que le livre aborde. Patrick Bard donne à son récit des allures de témoignages avec la polyphonie sur le départ en Syrie puis son retour. Chaque chapitre donne la parole à un personnage : Maëlle, sa famille, son prof, son petit-ami, son futur mari de DAESH, son amie radicalisée et restée en Syrie… Tour à tour, P. Bard nous dresse le portrait d’une ado ordinaire, passée de l’athéisme au radicalisme par le biais de facebook, une jeune-fille que l’on a convaincu qu’elle allait sauvait le monde. N’attendait pas de réel récit avec une histoire chronologique : les personnages ne sont pas décrits et certains évènements restent flous. Cela aurait pu me déranger, mais l’auteur fait en sorte que l’on soit véritablement happé par le récit, si bien que l’on s’en fiche. Les thèmes que l’on connaît bien sont abordés mais sous un nouvel angle et d’autres plus inconnus sont développés pour changer notre regard tout en nous prévenant. Radicalisation par Facebook, conditions de vie des femmes sous DAESH, le problème des retours des embrigadés… L’auteur supprime aussi tout pathos pour ne pas tomber dans le mauvais mélodrame et préfère nous laisser nous forger notre avis. La folie DAESH  est si bien retranscrite que l’on est gagné par l’horreur devant tant de paranoïa et de lavage de cerveau. On est pétrifiés car nous sommes aussi impuissants que les parents de Maëlle en se disant qu’on aurait pu dire les mêmes choses qu’eux. On ne lit pas ce livre pour se détendre mais pour s’informer. Le livre nous prévient des moyens de propagande de DAESH tout en nous montrant parfaitement où cela mène, nous laissant glacés par l’effroi.

En bref

Apprécié
Non-apprécié
-          Style documentaire : pas de pathos, neutralité de l’auteur, effet de réel augmenté
-          Points de vue qui se multiplient
-          Les sentiments suscités : horreur, compassion, interrogations
 

 

Extrait

« Je suis veuve, deux fois veuve, et je n’ai que seize ans. Mon premier mari a été pulvérisé par une roquette avant que j’aie eu le temps de le rencontrer. Ils ont tué le second quand nous avons fui la Syrie ensemble. »