dimanche 26 avril 2015

Nos Faces Cachées



 Couverture de Nos faces cachées
Auteur : Amy Harmon
 
Prix : 18E
 
Edition : Robert Laffont (collection : R)

Résumé

Ambrose Young est beau comme un dieu. Grand, musclé, les cheveux jusqu'aux épaules et des yeux de braise qui vous transpercent le cœur. Le genre de beauté que l'on retrouve en couverture des romances, et c'est peu de dire que Fern Taylor en connaît un rayon. Elle en lit depuis ses treize ans. Mais peut-être parce qu'il est si beau, Ambrose demeure inatteignable pour une fille comme Fern. Jusqu'à ce qu'il ne le soit plus...Nos faces cachées nous conte l'histoire de cinq jeunes hommes qui ont grandi ensemble et qui partent à la guerre. C'est une histoire de deuil. De deuil collectif et individuel, de deuil de la beauté, de vies brisées, d'identités perdues. L'histoire de l'amour que porte une fille à un garçon en mille morceaux, l'histoire de l'amour que porte ce guerrier meurtri dans sa chair à une fille ordinaire. Mais aussi l'histoire d'une amitié qui vient à bout des pires chagrins, d'un héroïsme qui dépasse sa propre définition. Une version moderne de La Belle et la Bête qui nous fera découvrir avec émotion qu'il y a un peu de Belle et un peu de Bête en chacun de nous...

 

Mon avis

On disait que c’était LE phénomène de romance autoéditée Young Adult, que le bouleversement était semblable à Nos Etoiles Contraires, qu’il ne fallait surtout pas louper cette « merveilleuse lecture »… Bon, pour moi, il a été un peu survendu. Je suis d’accord pour la 1ere proposition : il y a une amélioration considérable par rapport à des livres autoédités comme Un garçon de Trop (rien que d’écrire ce titre me rappelle de mauvais souvenirs : http://lecturesdunenuit.blogspot.fr/2014/06/un-garcon-de-trop.html ). On part de tellement loin j’ai envie de dire x) … Mais bon, de là à dire qu’on pleure comme dans Nos Etoiles Contraires, c’est un peu poussé.

Ambrose Young est beau et il le sait. Tout le monde le lui répète en longueur de temps et en plus de ça, c’est le lutteur phare de la petite ville d’Hannah Lake. L’adulation de la petite ville est complète : il est leur Hercule. Fern est invisible aux yeux de tous, sauf ceux de ses deux amis. Elle admire Ambrose depuis qu’elle est jeune mais il ne ressent que de la tendresse pour elle, voire même un peu de pitié tant elle est insignifiante. Une gentille fille, quoi. Il a ses amis, ses études, sa passion pour le sport, bref une vie et un avenir brillant à la clé. Rien ne devait les réunir et pourtant la roue tourne. Après son engagement en Irak, Ambrose se surprend à envier la situation de Fern : le vilain petit canard est devenu un cygne, elle a maintenant sa vie et lui n’a plus que ses souvenirs en guise de compagnie et aucune possibilité d’avenir. Mais Fern ne parvient pas à oublier Ambrose, surtout maintenant qu’il est accessible…

Si je voulais faire simple, je vous aurai dit qu’il s’agit d’une réactualisation de La Belle et la Bête. Je vais être franche : je déteste ce conte. C’est assez rare que je dise ça vu que j’adore les contes mais celui-là est particulièrement niais. L’amour qui dépasse l’apparence physique, je n’y crois pas. Je pense qu’on raconte cela aux enfants pour les rassurer, ne pas les confronter à la vie tout en leur apprenant la tolérance et la compassion. Mais dans le cas d’un roman destiné aux ados, je trouve complètement ridicule de leur donner encore de faux espoirs. Passons, ce ne sont que mes opinions. Non, là où je suis réellement déçue c’est le personnage masculin. Sérieusement ?? Un grand romantique celui-là (prenez au sens 19e siècle : mal du siècle, mépris de la société, jamais heureux…). Un vrai dépressif. Je n’avais qu’une envie : être Fern pour le secouer et le mettre face à ses erreurs. Il a poussé ses amis à s’engager, ils sont morts, qu’il vive un peu pour leur rendre hommage. Ou au moins qu’il arrête d’être obsédé par sa figure. Ok, il est défiguré, les autres sont morts, dans la vie il faut savoir faire la part des choses. Surtout quand il côtoie un tétraplégique qui a du faire face à la mort à 10 ans. Franchement, s’il y a un héros dans ce livre c’est bien Bailey : arriver à plaisanter sur sa maladie, ça demande du courage. Bon, à part cet égocentrique narcissique, Fern n’est pas particulièrement intéressante. C’est la bonne copine de tout le monde, la fille du pasteur qui rêve au prince charmant et qui ne fait aucune vague. Le seul qui relève le niveau est Bailey : il est drôle, courageux, franc. Tout ce que j’aime. Autre point faible : l’intrigue n’est pas particulièrement originale, ni même romantique vu qu’on se concentre surtout sur la souffrance d’Ambrose. Elle ne m’a pas bouleversée outre-mesure surtout qu’il était loin d’incarner le guerrier que j’imaginais. Si ce n’est mon énervement face à la régression de mœurs qui est peinte (enceinte à 18 ans, mariée dans la foulée avec la bénédiction des parents, ça semble complètement surréaliste pour la féministe que je suis), je n’ai pas ressenti grand-chose. Vous l’avez compris : je suis assez déçue de ce livre : il était trop plat, pas assez original et c’est surement dû à un manque de travail sur les personnages mais également des dialogues. Trop de descriptions de sentiments, pas assez de piquant. Bref, pas d’étincelles de mon côté.   

 

Extrait

« La nuit suivante, Bailey Sheen pénètre dans la boulangerie à minuit comme s’il était propriétaire des lieux. Fern l’a manifestement laissé entrer mais elle ne l’accompagne pas. Ambrose essaie de se persuader qu’il n’est pas déçu. Bailey n’est pas tout seul, cependant : il a un chat avec lui. Il trottine à ses côtés comme s’il était lui aussi chez lui.

       — Les animaux sont interdits, Sheen.

       — Je suis en fauteuil roulant, mec. Tu ne vas pas chasser mon chat d’aveugle ? D’ailleurs, ça pourrait être le tien, vu que tu es à moitié aveugle. L’un des avantages d’être pathétique, c’est qu’en général j’obtiens ce que je veux. T’as entendu ça, Dan Gable ? Il t’a traité d’animal. Saute-lui à la gorge, mon gars. Attaque-le !

Le chat renifle l’une des grandes étagères métalliques sans se préoccuper de Bailey.

 

       — Tu as appelé ton chat Dan Gable ?

       — Ouais. Dan Gable Sheen. Je l’ai depuis l’âge de treize ans. Ma mère nous a amenés dans une ferme pour mon anniversaire et Fern et moi avons eu le droit de choisir un chaton chacun. J’ai appelé le mien Dan Gable et Fern a baptisé la sienne Nora Roberts.

       — Nora Roberts ?

       — Ouais. C’est un écrivain. Fern l’adore. Malheureusement pour elle, Nora Roberts est tombée enceinte et elle est morte en couches.

       — L’écrivain ?

       — Non ! Le chat. Fern n’a jamais eu de chance avec les animaux. Elle les couvre d’affection et de soins et ils la remercient en clamsant. Fern ne sait toujours pas se faire désirer.

Ambrose aime ce trait de caractère chez elle. Elle ne fait jamais semblant. Pas question d’avouer ça à Bailey.

       — J’ai essayé d’apprendre quelques mouvements de lutte à Dan Gable en hommage à celui dont il porte le nom mais il ne sait rien faire d’autre que s’étaler. Bon, c’est un des gestes de base et c’est certes plus que je n’en peux faire moi-même, commente Bailey en gloussant.

Dan Gable est un lutteur qui a remporté une médaille d’or aux jeux Olympiques. Il n’a même jamais perdu un seul point lors de ces Jeux. Il a fait partie de l’équipe universitaire de l’Iowa où il n’a perdu qu’un seul combat, entraîné les Iowa Hawkeyes, et c’est une véritable légende. Mais Ambrose n’est pas sûr qu’il se sente vraiment honoré s’il savait qu’on a donné son nom à un chat.

Dan Gable, le chat, se frotte contre la jambe d’Ambrose et se détourne immédiatement de lui lorsque Bailey tapote son genou du bout des doigts. L’animal bondit sur les genoux du jeune homme qui le récompense par des caresses et des louanges.

       — Les animaux sont censés avoir un pouvoir thérapeutique. J’aurais dû avoir un chiot. Tu sais, le meilleur ami de l’homme, un chien qui n’aime que moi, le gamin qui ne peut plus marcher. Bonjour les violons. »