mercredi 15 octobre 2014

La fille de Cléopâtre



Couverture de La Fille de Cléopâtre
Auteur : Vicky Alvear Shecter
 
Edition : Wiz Albin Michel
 
Prix : 19E

Résumé

Ma mère m’embrassa sur l’épaule.

« Tu as le cœur d’une grande et puissante reine », murmura-t-elle

Elle glissa telle une déesse et disparut, comme un rêve, dans la nuit.

 

Mon avis

On connait tous Cléopâtre et trois évènements qui sont liés à sa vie et qui se sont transformés en mythe : son nez, sa ruse avec les tapis pour rencontrer César et sa mort tragique avec Marc-Antoine. Que s’est-il passé ensuite ? Les gens ont du mal à y répondre parce que sa figure, à l’instar de son caractère, était tellement forte qu’elle en a effacé même effacé ses descendants. Qui imagine Cléopâtre mère ? Pas moi en tout cas. Alvear Shecter, a pris le contre-pied de la plupart des écrivains historiques et bien qu’elle ait parlé d’une Cléopâtre, elle a donné la parole à la fille de LA Cléopâtre. Oui, on parle de bien de Cléopâtre VIII Séléné et j’en remercie l’auteure. Cléopâtre VII il y a des livres dessus. Sur sa fille moins. Et pourtant elle mérite d’être célèbre. Un véritable petit trésor que ce livre ! Son parfait mélange d’histoire et de romance donne l’impression de lire une biographie. Mais attention, pas une biographie chiante, bien au contraire, à travers Séléné on découvre un univers antique (d’abord celui d’Alexandrie puis celui de Rome), la guerre mais aussi des préoccupations typiques d’un livre destiné à des lecteurs de livres jeunesse.

Je récapitule pour ceux qui ne connaissent pas bien cette partie de l’Histoire : César est mort en -44 et il n’y a pas d’héritiers. Octave est désigné comme l’héritier légitime testamentaire de César mais le peuple romain, peuple guerrier par essence, l’entend d’une autre façon : il préfère le grand général Marc-Antoine qui n’a jamais perdu une seule bataille (d’ailleurs, la seule qu’il perdra sera sa dernière) à ce jeune petit-neveu qui sort de nulle part. Pourtant, si Octave n’est pas un grand soldat, il est intelligent et a compris qu’il n’aurait le pouvoir qu’une fois que Marc-Antoine serait mort et enterré. Il va donc précipiter sa mort… Marc, de son côté, n’est pas en reste et provoque Octave pour affirmer son autorité. Mais le problème est qu’il a réussit à divorcer de son épouse romaine, Octavia (la sœur d’Octave) pour épouser la reine d’Egypte. Cette province, du fait de la grandeur de son héritage et du faste de ses dirigeants (les Ptolémées sont des descendants du frère d’Alexandre Le Grand) et de sa richesse, est détestée mais aussi crainte par les romains. Aussi, il n’est pas difficile à Octave de convaincre le peuple de Rome de la nécessité d’attaquer l’Egypte, province que Marc gouverne avec l’aide de sa nouvelle femme, la célébrissime Cléopâtre. En – 31, lors de la bataille à Axium, Cléopâtre et Marc-Antoine sont défaits. Et c’est là que le mythe se crée : Marc se suicide, tout comme Cléopâtre quelques jours plus tard, ne supportant plus l’absence de son mari. La plupart des gens, moi compris, arrêtent l’’histoire ici et je remercie ce livre de m’avoir fait connaitre la fin de l’histoire (je ne le dirai jamais assez mais Séléné mérite d’être connue. Au moins autant que sa mère !)

OK, elle meurt mais le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant. Ses enfants, sont envoyés à Rome en tant que prisonniers de guerre dans la maison d’Octavia (oui, l’ironie du sort est parfois cruelle). Quand je dis prisonniers, il ne faut pas imaginer les cachots et les autres clichés. C’étaient les rois d’Egypte, et on ne traite pas ainsi une lignée royale. Les jumeaux Alexandre Helios et Cléopâtre Séléné ainsi que leur cadet Ptolémée XVI Philadelphe sont envoyés à Rome et doivent se conduire en citoyens romains. Et si les garçons se plient aux règles du jeu, ce n’est pas le cas de Séléné. En effet, celle-ci est le sosie de sa mère : elle est têtue et ne veut pas renoncer à son peuple, ni à sa couronne. S’ensuit alors une lutte entre Octave et elle.

 

Je me doute que cela ne doit pas vous paraître très appétissant mais je peux vous assurer qu’il s’agit bien d’un roman jeunesse. Un merveilleux roman jeunesse, cela dit. Pourquoi je suis autant admirative ? Tout simplement parce que je sais le travail de documentation énorme qu’a fait Vicky Alvear Shecter : tout est exact et tellement naturel ! Si bien écrit que j’aurais pu jurer me trouver dans les rues de Rome ou chez Octave. Mais quand une écriture réussit à créer un monde et à nous y faire entrer, sachez que c’est un travail énorme. Rien que la documentation a du lui demander des années de recherche sans compter qu’elle a inventé une intrigue amoureuse qui n’est pas avérée historiquement mais tellement bien intégrée dans le cadre de l’œuvre qu’elle semblait naturelle. Et c’est là que je dis « chapeau bas » car le transport du lecteur vers le monde créé est tel que je ne remettais pas en question une seule seconde cette histoire d’amour. Et c’est là qu’on voit le travail du vrai auteur historique : son intrigue est insérée dans l’Histoire. Je sais que ça parait bête comme ça mais si vous lisez un Milady historique, l’Histoire n’est qu’un moyen pour l’auteur de mettre en scène le puissant guerrier écossais qui prend sauvagement la douce et frêle irlandaise. L’Histoire ? On s’en fout comme de l’an 40, ce n’est qu’un décor. Ici, c’est vraiment le contraire : la lutte pour le pouvoir prédomine dans l’œuvre. Je vous l’ai dit, j’ai l’impression de connaitre Octave maintenant (ce qui va m’aider pour mon contrôle de latin ^^).

De plus, les personnages secondaires sont tous aussi bien travaillés les uns que les autres et on s’identifie immédiatement à l’héroïne. Sans compter que dès les premières pages du roman on est accro : les pages se tournent, les chapitres défilent et le livre se finit bien trop vite. Je vous l’ai déjà dit : Séléné est un personnage complexe et réellement travaillé qui acquiert une véritable consistance. Ce n’est qu’une enfant lors de son exil mais on la voit grandir dans tous les sens du terme sous nos yeux : le livre nous la présente de 9 à 16 ans et elle grandi donc physiquement mais aussi émotionnellement. Elle veut son trône d’Egypte et elle veut être comme sa mère : une grande dirigeante. Mais là où repose la force de Séléné c’est qu’elle n’accepte pas son destin et qu’elle se débat pour réaliser son rêve qui prendrait des allures de caprice puérile chez n’importe quel autre personnage mais celui-ci est si bien réalisé qu’on lui donne une psychologie lui conférant ainsi une consistance. Elle se bat donc contre son destin tout au long du livre et ne se lamente jamais : les romains la méprisent, tant mieux le sentiment est réciproque ! C’est elle qui s’occupe de tous les personnages, elle ne reçoit que peu d’aide mais elle assume son choix : l’Empereur Octave fait peur et est cruel donc l’aide est limité mais qu’importe, elle tentera le tout pour le tout !

 

Extrait

Pour vous prouver qu’on n’est pas que dans un livre historique et je vais même vous donner la problématique principale de l’intrigue inventée par l’auteure : amour ou pouvoir ?

« - Tu as ne peau superbe, a-t-il susurré. Elle a la couleur du miel au soleil.

-          Il faut vraiment que je retourne à mes lectures.

J’ai pivoté sur moi-même pour faire face aux casiers. J’espérais qu’il s’en irait mais, au lieu de partir, il m’a prise par la taille et a plaqué son torse contre mon dos. J’ai étouffé un cri de surprise. Je l’ai entendu s’esclaffer tout bas et j’ai fermé les yeux.

-          Pourquoi luttes-tu ? a-t-il chuchoté »